Les Risques Financiers Continuent à Peser
La crise financière est-elle en train de s’achever? L’envolée des dépréciations d’actifs passées par les banques françaises, constatée depuis le mois de décembre 2007, constitue un signal paradoxalement positif : les investisseurs estiment que les établissements ont enfin pris la véritable mesure du problème et sont prêts à nettoyer leurs comptes en profondeur afin d’être capables de repartir sur de bonnes bases. Ce qui marquerait effectivement le début de la fin de la crise. En ce qui concerne les conditions de marché, les professionnels s’accordent à dire que la situation pourrait bien avoir atteint un point bas en mars avant une amélioration sensible en avril et début mai. La situation reste cependant complexe.
Le refinancement
La crise de refinancement n’est pas finie. Sur le marché monétaire, sur lequel les banques viennent se chercher les liquidités qui leur permettent d’octroyer des crédits, le taux Euribor 3 mois s’élève encore à 4,86%, à comparer à un taux directeur européen Eonia de 4,04%, soit une prime de risque qui reste à ses plus hauts niveaux (80 points de base).Le ralentissement de l’octroi de crédits rend la question du refinancement un peu moins urgente, mais elle pèse tout demême sur les établissements et signifie le maintien du climat de défiance vis-à-vis du secteur.
Les dépréciations d’actifs
A l’issue de ce troisième trimestre de dépréciations des actifs financiers adossés à des crédits immobiliers américains, on pourrait penser que l’essentiel du nettoyage des bilans a désormais été fait. Les estimations des pertes réelles des crédits subprimes ne sont cependant pas encore connues et le nombre maximal de ménages américains qui devraient être touchés par le passage de leurs crédits immobiliers au taux fort est prévu en milieu d’année. Les estimations sur l’impact de la crise restent en effet très larges. A la date du 14mai, les grands établissements de la planète ont déprécié au total 230 milliards de dollars d’actifs selon une étude anglo-saxonne.
Selon la banque américaine Morgan Stanley, il resterait encore de 90 à 180 milliards de dollars d’actifs à déprécier, ce qui veut dire que les deux tiers du chemin ont été faits. D’autres banques ainsi que des institutions tel le FMI calculent cependant des montants des dépréciations encore plus élevés, pouvant atteindre plus de 500 milliards au total.
Le ralentissement d’activité
Le fléchissement ou même le gel de plusieurs segments d’activité (financement des LBO, titrisation, etc.) va continuer de peser pendant plusieurs mois sur les établissements bancaires. Notons cependant que l’impact est particulièrement visible sur les comptes du premier trimestre et qu’il devrait encore en être de même au deuxième. Cependant, à partir du troisième trimestre, la base de comparaison va être plus favorable. Les évolutions des comptes des banques pourraient alors paraître plus «normales». En théorie, un premier bilan de l’impact de la crise financière sur le secteur bancaire pourrait être établi au milieu de l’année. Cependant, le plus gros de la crise semble être passé. C’est en tout cas ce que pense la Bourse, qui a par nature une fonction d’anticipation.
Depuis la mi-janvier, les actions des grandes banques sont ainsi sur la voie du rebond tout en restant encore décotées par rapport à leurs niveaux de valorisation historiques, ce qui semble indiquer que l’essentiel des mauvaises nouvelles est dans les cours.
Investir n° 1793, Samedi 17 Mai 2008.